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14/06/2010

Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement (1995-1997) et eurodéputée "On tourne le dos au principe de précaution"

L'avocate Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement (1995-1997), eurodéputée, est également membre fondatrice du Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (Criigen).

Quelle appréciation portez-vous sur les nouvelles propositions de la Commission européenne concernant la culture des OGM ?

Bien entendu, je ne peux que me réjouir qu'on reconnaisse le droit des Etats à ne pas cultiver des OGM. Mais c'est tirer les conséquences d'un état de fait : la commission Barroso cherche depuis des années à poursuivre les Etats qui ne veulent pas d'OGM. Sans succès, parce qu'il n'y a pas de majorité pour condamner ceux qui prennent cette orientation.

Là où je suis beaucoup plus inquiète, c'est que ces propositions dessinent en filigrane un recul incontestable sur l'étude des effets à moyen et long termes des OGM. Les semenciers ont obtenu de ne plus réaliser systématiquement des études à quatre-vingt-dix jours sur les rats. On tourne le dos au principe de précaution.

Il est hallucinant, alors que le sujet est sur la table depuis maintenant quinze ans, qu'à part une étude autrichienne, démolie en flamme, il n'y ait à ce jour aucune recherche publique sur l'impact sanitaire des OGM. Les agences sanitaires nationales et européennes rendent donc des avis publics sur des études secrètes faites par les semenciers.

L'Union, sous présidence française, n'avait-elle pas réclamé une amélioration des évaluations ?

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) devait revoir ses procédures, ce qui n'a pas été fait. On devait disposer d'études sur les avantages et les inconvénients - pour voir si les effets "statistiquement significatifs" sont aussi "pathologiquement significatifs". C'est ce débat qui est refusé. On est en train de proposer un leurre aux Européens, car on ne fera pas d'étude d'impact poussée des OGM avant de les faire consommer massivement.

Quelle est la position française ?

La France est dans une position difficile, car le Criigen a fait partiellement annuler un décret transposant une directive définissant entre autres les procédures d'autorisation des OGM. Le Conseil d'Etat donne à la France jusqu'au 30 juin pour voter une nouvelle loi. Le gouvernement peut être attaqué pour défaut de transposition d'une directive. Je me demande sur quels fondements l'essai concernant des vignes transgéniques, récemment annoncé, va pouvoir être autorisé...

 

Propos recueillis par Hervé Morin
source lemonde 11062010